Présenté par La Comédie

The West is the best

Nouveau projet

Biriken

Biriken, initialement programmé dans le cadre de FARaway pour deux propositions (FOR RENT et After Biriken Party), est en résidence de création à la Comédie dès le 8 février pour leur nouveau spectacle : The West is the best.

 

“The West is the best est une tentative, pour nous, de recréer sur le plateau ces corps-paysages pour qui chez soi est une image que l’on peut seulement contempler à distance, un paysage que l’on trouvait dévasté quand on était dedans et qui prend une meilleure apparence quand on s’en éloigne.” – biriken

 

Résidence de création à la Comédie pour The West is the best | Du 08.02 > 16.02 – destiné aux professionnels

 

(…)

Souviens-toi du champ venteux dans lequel tu n’as jamais couru.

Tu as dû le voir dans un film.

Imagine que le vent te souffle sur le visage.

La vie d’un autre.

Bouche-toi les oreilles.

Comprends que tu es dans le monde de ceux qui ne peuvent rester nulle part et de ceux qui ne peuvent aller nulle part.

Bouche-toi les oreilles.

Ne décroche pas le téléphone.

Je ne t’entends pas.

Mais je te vois.

Tu es dans une voiture.

Tu vas vers l’Ouest.

On va toujours à l’Ouest.

Je veux venir à tes côtés.

(…)

Il est 1h en Grèce

Pareil en Turquie

Cinq jours après une longue nuit de juillet

Pendant cette longue nuit de juillet d’abord il y a un coup d’état, puis il n’y a pas de coup d’état, puis il y a un coup d’état, puis il n’y a pas de coup d’état, puis il y a un coup d’état, puis il n’y a pas de coup d’état

Nous sommes en Grèce

Les visas dans nos passeports

Les tampons sur nos visas

On regarde la mer

On la trouve calme

Parce qu’ils ne laissent même plus voler un oiseau vers ici

Tu m’aides à calculer

On calcule ensemble

Ils nous donnent trois milliards

Et avec ça nous achetons trois millions de migrants

Non, ce n’est pas ça

Ils nous donnent trois milliards et trois millions de migrants

Nous prenons les trois milliards et nous nous assurons que les trois millions de migrants ne s’approchent pas de ceux qui nous ont donné cet argent

Ils nous donnent trois milliards et nous laissent tranquilles.

L’un de nous pose une équation

Quel est le point le plus loin qu’une personne partant d’un village syrien dans la direction de l’Ouest peut atteindre en X jours en marchant X heures par jour?

Edirne, Turquie

Latitude 41.67719, longitude 26.55597

 

Quand on quitte un endroit, les gens laissés derrière soi, tout comme l’image de soi-même là-bas, se confondent dans le même paysage. Cette image mentale de chez soi mise à distance est irrécupérable dans le présent même si l’on y retourne un jour. C’est un de ces paysages qui nous hantent toute une vie comme une vérité de soi non retrouvable. Ce paysage politique – car dessiné par des frontières, peuplé de corps et marqué par les raisons du départ – est une image fixe et silencieuse mais on le construit et reconstruit jour après jour comme un espace sonore en mouvement.

THE WEST IS THE BEST est une tentative, pour nous, de recréer sur le plateau ces corps-paysages pour qui chez soi est une image que l’on peut seulement contempler à distance, un paysage que l’on trouvait dévasté quand on était dedans et qui prend une meilleure apparence quand on s’en éloigne. Il s’agit d’une pièce de théâtre en cours de création que nous avons conçue à partir de notre propre situation de multiples appartenances et de voyages continus pour ainsi arriver à une perception du monde qui est toujours en mouvement. Dans THE WEST IS THE BEST, à travers cinq trajectoires qui se croisent autour de l’idée de déplacement, l’Ouest se départ de son acception géographique pour devenir une insaisissable métaphore-réceptacle du meilleur, du recommencement, de l’espoir, de la quête de sens. Nous travaillons ces trajectoires sous forme de parole partagée, en polyphonie, construites dans des sonorités en loop, comme des espaces flottants.

THE WEST IS THE BEST est le deuxième volet d’un diptyque autobiographique sur le thème : « vivre la science-fiction au présent ». Les titres du diptyque sont empruntés à la chanson The End des Doors. Le premier volet, l’installation-performance This is the end, beautiful friend est présentée dans un espace souterrain, figuré comme une piscine d’une profondeur abyssale, aux confins de laquelle se trouvent deux corps en mouvement. Ceux-ci s’accompagnent, émotionnellement et physiquement, dans un rythme créé par la lumière et le son, à retenir leur respiration.