When the bleeding stops - 2025 - faraway – festival des arts à reims

Première en France

When the bleeding stops

Lovísa Ósk Gunnarsdóttir

Présenté par 

Le Manège

Venue d’Islande, la danseuse et chorégraphe Lovísa Ósk Gunnarsdóttir aborde le tabou de la ménopause dans un spectacle qui conjugue danse et projections vidéos. Pourquoi ce passage naturel de la vie de toutes les femmes reste-t-il un non-dit dans notre société ? Suite à une blessure qui l’a obligée à reconsidérer son rapport à son corps, Lovísa s’est plongée dans le sujet et a invité des femmes aux profils très différents à partager leur expérience et à danser de façon spontanée devant sa caméra. De ces rencontres est né un spectacle à l’énergie communicative, émouvant et drôle où la danse s’écrit en connivence avec les récits collectés. Nominée comme « la performance la plus innovante de l’année » en Islande, cette danse-documentaire livre enfin un nouveau discours sur la ménopause.

https://www.whenthebleedingstops.com/

 

💬En tête à tête avec Lovísa Ósk Gunnarsdóttir – Danseuse et chorégraphe

Vous n’avez pas l’âge d’être ménopausée. Pourquoi avoir eu envie d’aborder cette question suite à une blessure ?
À ce moment-là, ma blessure m’a laissée avec un sentiment de déséquilibre physique. Un événement en a entraîné un autre et je me suis retrouvée à penser que je pouvais être en train d’entrer en ménopause. En toute honnêteté, j’ai été choquée de voir à quel point j’en savais peu et à quel point ce sujet semblait recevoir peu d’attention. Ce manque de sensibilisation a suscité chez moi un mélange de curiosité, de frustration et même de colère face à l’absence de conversation ouverte et d’éducation à ce sujet. Ce que j’ai appris par la suite, c’est que je ne traversais pas la ménopause, mais plutôt que j’étais en train de vivre un signe parfaitement normal du début de la périménopause – un phénomène que je ne savais même pas exister à l’époque. Ça a été un véritable révélateur et cela a nourri mon désir d’en apprendre davantage et de militer pour une meilleure compréhension du sujet.

Ce tabou autour de la ménopause, qui reste présent malgré des prises de parole qui tendent à se développer, vous a-t-il toujours étonnée, agacée ?
Honnêtement, avant cette période de ma vie, je n’avais jamais vraiment réfléchi à la ménopause ou à la périménopause, et je n’avais eu aucune conversation significative à ce sujet avec qui que ce soit – pas même avec ma mère ou ma sœur.

Comment expliquez-vous que l’on ne prévienne pas davantage les femmes sur cette période de la vie qu’elles vont toutes traverser ?
Je ne pense pas qu’il y ait une réponse simple à cela, mais je crois qu’une grande partie du problème réside dans le manque de recherches suffisantes et d’informations claires et accessibles. Par exemple, la conversation autour de l’hormonothérapie de substitution est encore très fragmentée et presque comme le ‘Far West’. Il y a aussi encore beaucoup de stigmatisation à ce sujet et pas assez de dialogue ouvert, ce qui fait que de nombreuses femmes ne sont pas pleinement préparées lorsqu’elles abordent cette étape.

Comment expliquez-vous que certains hommes, mais également certaines femmes, aient une sorte de rejet des femmes ménopausées ? Cela traduit-il selon vous une peur de la vieillesse et de la mort ?
Je suis sûre que cela joue un rôle, mais je pense que cela est aussi lié à la manière dont notre société occidentale obsédée par la jeunesse façonne nos perceptions et nos conditionnements. Dans certaines cultures, la ménopause est en réalité célébrée, et les femmes gagnent en respect et en liberté pendant cette période. Je crois que nous devons changer le discours autour de la ménopause pour nous aider à la voir comme une expérience positive et émancipatrice, plutôt que quelque chose à craindre ou à éviter.

Quel est le profil des femmes qui vous intéresse pour votre spectacle ? Avez-vous cherché des femmes qui vivaient bien leur ménopause et qui avaient assez confiance en elle pour se filmer ou se laisser filmer ?
Je n’ai pas de profil spécifique en tête ; en fait, j’accueille la diversité parce que je crois que cela enrichit le projet. Plus les expériences sont variées, mieux c’est. Certaines des femmes rencontrent des symptômes forts, tandis que d’autres ne ressentent pas grand-chose du tout – et ce contraste est vraiment puissant. La beauté de ce voyage est que nous le vivons toutes à notre manière, et je veux refléter cette gamme d’expériences.

Pourquoi faire danser ces femmes ? Est-ce une façon de montrer qu’elles sont toujours vivantes et belles ? Toujours à l’aise voire encore davantage avec leur âge ?
La pratique de la danse que j’invite les femmes à pratiquer vient d’un endroit très personnel. Elle a commencé comme un rituel quotidien dans mon salon pour faire face à ma blessure, me reconnecter à mon corps et m’aider à retrouver ma force. Cela s’est avéré incroyablement guérissant et émancipateur, me permettant de renouer avec mon histoire de danse d’une manière nouvelle. La danse, pour moi, est une forme d’expression puissante qui peut transmettre ce que les mots ne parviennent souvent pas à dire. Les courtes vidéos de danse que les femmes m’envoient sont à la fois vulnérables et émancipatrices – elles racontent des histoires riches et personnelles qui reflètent des moments du quotidien, tout en offrant une expérience profondément significative pour elles. Je ressens aussi un véritable manque de corps de femmes d’âge moyen sur scène, et je veux remettre cela en question.

Comment avez-vous travaillé à distance avec ces femmes ? Pour le spectacle de Reims, combien en avez-vous choisies ? A-t-il été difficile de les faire participer ?
Le processus a commencé début janvier. J’ai envoyé aux femmes une lettre d’introduction expliquant ma pratique de la danse, et elles ont commencé à m’envoyer des vidéos. Nous avons ensuite échangé en ligne, où je leur ai donné des retours et des conseils. La veille de la représentation, je les rencontrerai en personne pour un atelier sur place, où nous préparerons et répéterons pour le spectacle. Cela a été incroyable de travailler avec les femmes qui participent au spectacle à Reims et j’ai vraiment hâte de les rencontrer en personne.

 

💬le témoignage de Sophie – Participante de “When the bleeding stops”

Lire l’article complet